une porte claque
deux enfants se battent
un mur s'effrite
des milliers de titres s'effondrent
je te regarde dormir
un passant cherche sa route
il y a deux corps sous un porche
une caissière oublie de sourire
un militaire détruit 150 bidons d'huile
je te regarde dormir
la météo s'améliore
une pomme est en train de noircir
une famille toute entière décide de s'enfuir
on entend au loin des miaulements humains
un avion va tenter d'atterrir
une bouteille de bière se brise sur une arcade sourcilière
un autre fuseau horaire
des chiffres s'affichent
un schizophrène visionne un film
deux hommes s'enroulent autour d'un drapeau
un magistrat s'écarte du cadre légal
un rythme s'échappe d'une voiture grise métal
ils éclatent tous de rire
je te regarde dormir
je te regarde dormir
j'ai verrouillé la porte
j'ai éteint toutes les lumières
je te regarde dormir
nous avons tracé un cercle au centre de la ville
au centre de la carte
nous sommes sortis et nous avons marché
toute la journée toute la nuit
nous avons tracé un cercle et sommes revenus
à tous les endroits où nous avons vécu
et ce voyage m'a paru aussi long et dense
que la petite moitié de ma petite existence
il faut dire ces derniers mois
j'ai comme un poids
qui ralenti quelque peu
le rythme de mes pas
jusqu'au bout du tracé
jusqu'au bout du cercle parfait
nous avons traîné comme nous le faisions
sans but réel en suivant un parcours bien précis
nous avons filé droit sans perdre notre itinéraire
plusieurs fois tu t'es accrochée à mon bras
nous avons redécouvert ces rues ces quartiers
correspondant à des périodes à des années
nous avons revisité
ce qui nous avait appartenu
détaillant ce qui avait été modifié
nous étions d'abord émus
puis au fur et à mesure des heures et des lieux
nous avons réalisé
nous étions devenus étrangers
jusqu'au bout du tracé
jusqu'au bout du cercle parfait
tu as dit "continuons par là"
quand le soleil à commencé à percer les nuages
et à brûler ma nuque
nous sommes arrivés jusqu'au bout du tracé
jusqu'au bout du cercle parfait
tu as dit : "c'est ici"
nous nous sommes assis
j'étais épuisé je n'ai pas réfléchi
j'ai regardé autour de moi
j'ai dit "oui"
j'ai posé ma tête contre ton épaule
nous nous sommes assis
et je n'ai rien ressenti d'autre
qu'un soulagement qu'un apaisement
il faut dire ces derniers mois
j'ai comme un poids
qui ralenti quelque peu
le rythme de mes pas
nous nous sommes assis
je me suis endormi
contre toi
jusqu'au bout du tracé
jusqu'au bout du cercle parfait
nous nous sommes assis
je me suis endormi
contre toi
©michel cloup / 2010.