à l'instant

chacun
se retourne

des mots

je te regarde dormir

une porte claque

deux enfants se battent

un mur s'effrite

des milliers de titres s'effondrent

je te regarde dormir

un passant cherche sa route

il y a deux corps sous un porche

une caissière oublie de sourire

un militaire détruit 150 bidons d'huile

je te regarde dormir

la météo s'améliore

une pomme est en train de noircir

une famille toute entière décide de s'enfuir

on entend au loin des miaulements humains

un avion va tenter d'atterrir

une bouteille de bière se brise sur une arcade sourcilière

un autre fuseau horaire

des chiffres s'affichent

un schizophrène visionne un film

deux hommes s'enroulent autour d'un drapeau

un magistrat s'écarte du cadre légal

un rythme s'échappe d'une voiture grise métal

ils éclatent tous de rire

je te regarde dormir

je te regarde dormir

j'ai verrouillé la porte

j'ai éteint toutes les lumières

je te regarde dormir


©michel cloup / 2010
 

le cercle parfait

nous avons tracé un cercle au centre de la ville

au centre de la carte

nous sommes sortis et nous avons marché

toute la journée toute la nuit

nous avons tracé un cercle et sommes revenus

à tous les endroits où nous avons vécu

et ce voyage m'a paru aussi long et dense

que la petite moitié de ma petite existence

il faut dire ces derniers mois

j'ai comme un poids

qui ralenti quelque peu

le rythme de mes pas

jusqu'au bout du tracé

jusqu'au bout du cercle parfait

nous avons traîné comme nous le faisions

sans but réel en suivant un parcours bien précis

nous avons filé droit sans perdre notre itinéraire

plusieurs fois tu t'es accrochée à mon bras

nous avons redécouvert ces rues ces quartiers

correspondant à des périodes à des années

nous avons revisité

ce qui nous avait appartenu

détaillant ce qui avait été modifié

nous étions d'abord émus

puis au fur et à mesure des heures et des lieux

nous avons réalisé

nous étions devenus étrangers

jusqu'au bout du tracé

jusqu'au bout du cercle parfait

tu as dit "continuons par là"

quand le soleil à commencé à percer les nuages

et à brûler ma nuque

nous sommes arrivés jusqu'au bout du tracé

jusqu'au bout du cercle parfait

tu as dit : "c'est ici"

nous nous sommes assis

j'étais épuisé je n'ai pas réfléchi

j'ai regardé autour de moi

j'ai dit "oui"

j'ai posé ma tête contre ton épaule

nous nous sommes assis

et je n'ai rien ressenti d'autre

qu'un soulagement qu'un apaisement

il faut dire ces derniers mois

j'ai comme un poids

qui ralenti quelque peu

le rythme de mes pas

nous nous sommes assis

je me suis endormi

contre toi

jusqu'au bout du tracé

jusqu'au bout du cercle parfait

nous nous sommes assis

je me suis endormi

contre toi

©michel cloup / 2010.